Proverbe/citation du jour
«Celui qui ne peut pas vivre en société, ou qui n'a besoin de rien parce qu'il se suffit à lui-même, ne fait point partie de l'Etat; c'est une brute ou un dieu.» - Aristote
Une entrevue sur le conflit étudiant
Il y a de cela une semaine, j'ai été approché par Dominique Fortier, journaliste de l'hebdomadaire Le Riverain, qui souhaitait présenter un débat gauche/droite au sujet du conflit étudiant dans le journal local. Les circonstances ont fait en sorte que ce débat a été annulé.
Parce que je me proposais de vous présenter mes réponses intégrales le jour de la distribution du journal dans la région (mercredi dernier) mais que je ne l'ai pas fait à cause de l'annulation, j'ai décidé de vous présenter mon texte en ce dimanche. Bonne lecture!
Croyez-vous que le conflit étudiant sur la hausse des droits de scolarité a pris une tournure souhaitée pour leurs revendications et dans cette nouvelle optique, leurs revendications sont elles encore légitimes?
Bien que je sois contre la grève, je suis du côté des étudiants en ce qui concerne leur opposition à la hausse. Ils ont raison de se révolter du fait qu'ils vont devoir payer plus pour leurs études alors que les générations antérieures ont eu droit à davantage de largesses, mais alors que notre « modèle québécois », qui est à l'origine de notre phénoménal endettement collectif, craque de toutes parts, pouvons-nous encore nous permettre de continuer de la sorte?
Si les étudiants avaient dès le début du conflit mis davantage d'emphase sur le fait que nos universités coûtent cher au niveau administratif et qu'on pourrait mieux les gérer d'une part, et que de l'autre, en administrant mieux notre système public, on pourrait réaliser des économies qui pourraient ensuite être réinvesties en éducation, la population aurait été à mon avis beaucoup plus favorable aux étudiants qu'elle ne l'est actuellement. Je crois aussi que le régime de prêts et bourses devrait être plus généreux pour une proportion équivalente à environ 10% des étudiants pour qui le financement des études représente vraiment un problème.
Croyez-vous que ceux qui exigent une nouvelle justice sociale devraient se dissocier du mouvement étudiant et faire leurs propres revendications?
Le conflit a pris une mauvaise tournure surtout parce qu'il est devenu pour divers militants qui se sont joints aux manifestants étudiants un prétexte afin de faire valoir leur agenda politique et social qui passe pour certains d'entre eux par un renversement du système. Je ne crois vraiment pas que le support aux étudiants de groupes comme le Black Block, la Convergence des luttes anti-capitalistes (CLAC), le Parti communiste révolutionnaire (PCR), l’Union communiste libertaire (UCL) et le Réseau de résistance du Québécois (RRQ) soit un plus pour ceux-ci. Il est à noter aussi qu'on retrouve au sein de la CLASSÉ des gens qui ont des liens parfois troublants avec certains de ces groupes extrémistes. De tels individus agissent davantage en fonction de leurs émotions qu'en fonction de la logique et le système qu'ils désirent est plus oppressif et tueur de libertés individuelles que celui qu'ils dénoncent. Ce n'est pas pour rien que le Service canadien de renseignement et de sécurité (SCRS) a dépêché des agents sur place, dites-vous le!
Également, on peut se demander si les syndicats qui financent par en arrière tout ce mouvement et qui fournissent un appui logistique aux manifestants le font uniquement pour le bien des jeunes, ou si eux aussi ne cherchent d'abord et avant tout qu'à faire valoir leurs propres intérêts.
Que pensez-vous des leaders actuels : Gabriel Nadeau-Dubois, Léo Bureau-Blouin et Martine Desjardins?
Léo Bureau-Blouin et Martine Desjardins me semblent être beaucoup plus crédibles comme leaders surtout parce qu'on peut constater qu'ils sont ouverts à une véritable négociation et sont disposés à faire des concessions, ce qui n'est pas du tout le cas avec Gabriel Nadeau-Dubois. Ce dernier, à mon avis, est là pour réaliser une révolution sociale bien plus que pour contrer la hausse des frais de scolarité. En ne dénonçant pas les gestes violents qui sont posés et en ne faisant preuve d'aucune ouverture, il me fait drôlement penser à un enfant qui « fait le bacon » au milieu d'une allée dans un magasin parce que papa et maman ne veulent pas lui acheter le « nananne » qu'il désire.
Comment entrevoyez-vous la sortie de cette crise?
Je pense que les manifestants vont devoir finir par se rendre compte, si cela n'est pas encore fait, que rien dans la vie n'est gratuit, incluant les études, qu'une hausse des frais est triste, mais nécessaire, et qu'il est dans leurs meilleures intérêts de retourner en classe.
Que pensez-vous des citoyens et des commerçants qui sont pris en otage par les manifestations, les actes de désobéissance et d’autres actes tels les bombes fumigènes dans le métro de Montréal?
La liberté des uns se termine là où commence celle des autres. Ces citoyens et ces commerçants qu'on brime dans leurs droits sont ceux qui paient via diverses taxes et impôts pour financer le système éducatif québécois. J'aimerais bien voir les fauteurs de trouble dans les culottes d'un marchand qui tente de gagner honnêtement sa vie et qui en plus de payer pour les autres se voit nuire dans ses activités quotidiennes, ils sortiraient probablement le bâton et lanceraient des pavés pour des raisons fort différentes! Il y a hélas au Québec trop de gens qui crachent dans la main qui les nourrit et qui mériteraient peut-être un bon coup de pied au cul!
Je suis tout autant désolé pour ces gens que je le suis pour un grand nombre d'étudiants qui sont pris en otage eux aussi et qui voient leur droit de pouvoir étudier en paix brimé par une poignée de confrères radicaux soutenus par des groupes extrémistes et des syndicats qui se servent d'eux pour soutenir leur propre agenda.
Que devrait faire le gouvernement rendu à ce point-ci?
Avez-vous envie de négocier avec des gens qui usent envers vous de menaces et de chantage? Probablement que non, alors on peut comprendre pourquoi le gouvernement est réticent à négocier avec certains groupes. Il doit faire preuve de plus de fermeté en faisant respecter les droits des étudiants qui veulent retourner en classe et en poursuivant en justice les casseurs et autre fauteurs de trouble qui posent des gestes illégaux, et surtout ne pas céder devant toutes les manœuvres d'intimidation des manifestants. Si Charest cède, il ouvre la porte toute grande à d'autres groupes qui useront des mêmes moyens pour tenter d'avoir gain de cause dans les conflits à venir.
Dans une société civilisée comme la nôtre, qui est bien loin d'être une dictature comme certains se plaisent à le dire, la désobéissance civile avec l'usage de la force comportant la violation des droits des autres est totalement inacceptable, que le but des manifestants soit bon ou mauvais. Une société civilisée existe d'abord parce qu'elle comporte comme fondement le rejet de la violence et de l'intimidation comme moyens pour faire valoir un point de vue. Si nous cédons à cette violence, notre société risque de s'effondrer et à voir aller certains groupes radicaux, je ne pense vraiment pas que s'ils obtenaient le pouvoir le sort des gens serait meilleur au Québec. Nous risquerions alors de vivre dans un Cuba du Nord qui serait vraiment une dictature.
À quel genre de situation sociale assistons-nous en ce moment?
Tout le brassage qui a cours actuellement au Québec concerne bien plus que les frais de scolarité, c'est un signe du profond malaise qui touche actuellement notre société. Nous sommes à la croisée des chemins en ce qui concerne notre modèle social, qui à mon avis doit nécessairement subir de profondes modifications car nous ne pouvons tout simplement plus le maintenir dans sa forme actuelle.
Les « rouges », les syndicats et autres groupes qui les supportent semblent à mon avis incapables de comprendre ou ignorent volontairement le fait que nous n'avons plus les moyens de soutenir le système en place, dont ils bénéficient le plus des largesses aux dépens d'autres groupes. Je ne crois vraiment pas que plus d'ingérence de l'État dans la vie des gens et plus de taxes et d'impôts comme le souhaitent ces groupes d'intérêts soient une solution valable. Je n'ai pas envie de devenir comme un citoyen d'un pays comme le Danemark qui voit plus de 70% de ses revenus aller directement dans la caisse de l'État au nom de la « justice sociale », il s'agit bien plus à mon avis d'une injustice sociale!!!
Prônez-vous une plus grande intervention de l’État dans les programmes sociaux et la gratuité de certains services comme l’éducation et la santé?
Gratuité? Quelle gratuité? Parce que pendant longtemps nous avons payé indirectement via les gouvernements pour une multitude de services, nous en sommes rendus à croire qu'ils sont gratuits. Or, il n'en est rien : il y a toujours quelqu'un quelque part qui doit payer! Sans pour autant dire qu'on doit complètement couper tous les services « sans frais supplémentaires » offerts par l'État, je pense qu'on devrait avoir plus de respect envers les contribuables et les entreprises qui financent tout ce système.
En gérant mieux le système actuel, en coupant dans les services superflus, en confiant la fourniture de services au privé et en mettant en place des tarifications raisonnables pour divers services offerts par l'État, les citoyens prendraient conscience des coûts des dits services et auraient moins tendance à en abuser comme ils le font parfois sans même s'en rendre compte. Cela ne veut pas dire pour autant que des gens « pauvres » vont crever dans la rue comme le disent dans leur discours de peur qui vise avant tout dans bien des cas pour des politiciens à acheter des votes lors des élections où à préserver des emplois chez les fonctionnaires syndiqués du système.
Est-ce que le meilleur moyen de se faire entendre pour un peuple passe par la rue?
Les groupes de contestataires qui lancent des pavés et des fumigènes devraient présenter à la place des candidats pour savoir si la population est prête à voter pour eux. Le meilleur moyen pour les citoyens de se faire entendre passe par un bulletin de vote. Si le gouvernement en place ne fait pas notre affaire, on peut voter pour un autre quand l'occasion se présente et le parti ayant le plus de votes et représentant le mieux les intérêts des gens sera élu, c'est ça la démocratie. Aussi, je pense que de faire savoir notre insatisfaction au gouvernement par des moyens civilisés est un moyen très efficace de faire savoir notre mécontentement. Un ministre qui recevrait des dizaines d'appels de citoyens mécontents par jour serait plus enclin à prendre des décisions éclairées et à agir pour le meilleur intérêt de la population. Anciennement les révolutions se passaient dans la rue, mais nous avons désormais un outil puissant de changement qui s'appelle les « réseaux sociaux » et qui peut provoquer de réels changements sans provoquer de casse inutile.
Aussi, à ce point, le gouvernement Charest pourrait très bien lancer des élections. Une majorité de la population le supporte en lien avec ce conflit, ce qui peut l'aider en cas d'élection. Parce qu'il est inapte à profiter de la situation et de l'insatisfaction envers le gouvernement dans d'autres dossier, le PQ doit sérieusement se questionner sur lui-même et sur l'aptitude de Pauline Marois à porter ce parti au pouvoir.
Que changeriez-vous dans le modèle gouvernemental actuel?
Vous voulez dire ici «système politique»? Si tel est le cas, je ne crois pas que l'indépendance ou la souveraineté du Québec (appelez ça comme vous voulez) soit un plus pour notre population, parce que les gens qui souhaitent cela le font à mon avis à partir de mauvais fondements. Les souverainistes les plus « hardcores » parlent de préservation du français alors que plusieurs d'entre eux ne sont pas foutus de le parler et de l'écrire adéquatement, et le système politique qu'ils souhaitent mettre en place serait un État très fort qui limiterait encore plus les libertés individuelles des citoyens. En plus, ces mêmes gens parlent d'immigration pour maintenir notre population francophone alors qu'ils ne font pas assez d'enfants «de souche», préférant investir dans leur confort personnel au lieu d'investir dans l'avenir via leurs enfants. Aussi, on pourrait très bien abolir la monarchie et revoir la disposition des pouvoir entre le fédéral et les provinces. Le fait que je m'oppose à la souveraineté telle qu'elle est actuellement présentée ne signifie pas du tout que j'accepte béatement le système fédéral et que je refuse qu'on lui fasse subir des modifications, même très profondes, dans le but de mieux servir le peuple.
Si la confédération actuellement en place respectait de plus près ce qu'elle devait être à l'origine (avec un gouvernement central s'occupant de la défense, des relations extérieures et de la justice) et les gouvernements provinciaux de santé et d'éducation notamment, et que ces deux paliers cessaient de tirer la couverte chacun de leur bord, tout irait mieux.
Que souhaite P.A. Beaulieu pour le Québec?
Un modèle politique et social s'approchant davantage du libertarianisme, tel que le prônent des groupes comme le Réseau Liberté Québec notamment. On pourrait aussi permettre au citoyen de faire par lui-même ses choix et en le laissant aussi en assumer les conséquences au lieu de constamment laisser le « gouverne-maman » l'infantiliser et le faire à sa place. Je crois qu'on pourrait facilement dégraisser l'État de 50% et le laisser s'occuper de secteurs essentiels (parmi eux le système judiciaire, afin de régler plus facilement et facilement les conflits entre les individus) tout en confiant au secteur privé plusieurs services, et la population ne se porterait pas plus mal pour autant..
La «gauche» (qui est en fait un groupe de gens souhaitant un État fortement interventionniste) est bien représentée au Québec mais en ce moment, les gens qu'on dit «de droite» (alors qu'en réalité ils ont en commun de croire qu'on doit réduire la taille et l'influence de l'État) n'ont aucun parti politique vers lequel ils peuvent se tourner pour représenter leurs intérêts sur l'échiquier politique. J'estime qu'au moins 15 à 25% des Québécois ont une vision de l'État qui penche dans cette direction. Cette situation risque bientôt de changer parce que la droite québécoise s'organise de mieux en mieux. Il est clair que la gauche qui a tenu le haut du pavé depuis des décennies voit le tout d'un mauvais oeil, habituée qu'elle est à toujours avoir gain de cause, mais je crois que la situation est en train de changer et que cela est un plus pour notre société.