vendredi 11 janvier 2013

Sujet du 11 janvier 2013

Proverbe/citation du jour
"La vision est l'art de voir les choses invisibles." - Jonathan Swift


Mon point de vue sur «Idle No More»
Que penser du mouvement «Idle No More» qui fait présentement sentir ses effets d'un océan à l'autre? La question m'a été posée à quelques reprises au cours des dernières semaines mais j'ai préféré prendre du recul avant d'aborder le sujet dans un billet.

Je suppose que ma perspective de la question autochtone au Canada diffère de celle de la majorité de la population blanche pour plusieurs raisons. En effet, la moitié des dix années de ma vie passées comme enseignant se sont déroulées sur des réserves. J'ai travaillé dans deux écoles montagnaises gérées par un conseil de bande, de même que pour la commission scolaire Crie, et en habitant dans des milieux isolés du Nord, même s'ils étaient majoritairement blancs, j'ai été en contact avec des autochtones qui étaient présents sur place également.

Je n'ai pas ménagé mes efforts pour mieux comprendre les réalités autochtones. Afin d'approfondir ma connaissance du milieu, j'ai été jusqu'à vivre au sein d'une famille autochtone et j'ai appris les rudiments de la langue, ce qui m'a été utile pour enseigner plus efficacement la grammaire française aux élèves parce que je pouvais dresser diverses analogies et différences avec le montagnais et le cri.

Je considère conséquemment que par mes expériences, j'en sais beaucoup plus les nations autochtones que la plupart des Blancs, ce qui me permet de ne pas tomber dans les stéréotypes trop souvent véhiculés que «Les indiens sont tous sur le BES, vivent dans des maisons subventionnées qu'il démolissent et ne paient pas de taxes.» S'il fallait uniquement se baser sur des critères du genre pour définir ce qu'est un indien, plusieurs quartiers blancs défavorisés pourraient être considérés comme des réserves!

Pour en revenir au sujet central de ce billet, à mon avis, le mouvement «Idle No More » est légitime. Un autochtone a le droit autant que n'importe lequel citoyen au pays de manifester son mécontentement face à diverses situations.

Par contre, bien que je ne doute pas de la bonne volonté de nombre de manifestants liés au mouvement, je crois que ceux-ci, bien avant de critiquer les sommes d'argent qui leur sont allouées, doivent se demander s'il ne faut pas d'abord faire le ménage dans l'administration des réserves. Triste à dire, mais la gestion déficiente et la corruption font en sorte que des millions sont gaspillés chaque année, et que pendant que des gens dans le besoin souffre, des amis du système en place en profitent pour se graisser la patte. Cet état des choses doit cesser et c'est aux habitants des réserves d'y voir en faisant en sorte de surveiller de près ce qui se passe dans les conseils de bande et en élisant des personnes compétentes pour gérer le système.

La question du « paternalisme » du gouvernement est souvent évoquée également. Sur ce plan, je crois que le problème ne touche pas que les autochtones. Il suffit de regarder autour de nous pour constater que cette déresponsabilisation des gens ordinaires par les autorités en place est un phénomène qui touche autant la communauté blanche que les réserves.

Je crois qu'on peut faire de nombreuses analogies entre la situation économique et sociale de la Haute-Gaspésie et celle des réserves : chômage, décrochage, problèmes de toxicomanie et d'alcoolisme y frappent durement et dans tous ces milieux règne un triste état de dépendance envers les autorités supérieures.

Ce n'est pas en donnant davantage d'argent ou d'alcool à une personne souffrant d'un problème de boisson qu'on l'aide à s'en sortir. Il faut d'abord que la personne prenne conscience de son état, cesse de blâmer les autres pour son propre malheur en reconnaissant sa part dans le problème, et qu'elle soit animée d'une volonté sincère de s'en sortir, pour que survienne une prise de responsabilités pour que la situation change.

Les autochtones du Canada doivent réfléchir à tout cela, tout comme une multitude d'autres citoyens qui vivent une situation qui est loin d'être si différente quand on s'arrête pour y penser.

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